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Cat en vrac

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Catiel L. Vega
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Sam 25 Fév 2017 - 16:59
Hop, des bouts de tentative de compréhension de Cat, écrits pour l'exercice et mieux voir le chemin parcouru !



[Post-première peine. Pré-seconde. Luis.]

- Hé Luis ! ‘lors comme ça t’as pointé un flingue sur ta meuf ?

Ca lève les yeux de son jeu de cartes et ça sourit, à tous crocs, mais ça ne sent rien. Pas de joie. Un peu de fierté ? Ouais, un peu de fierté quand ça voit le regard de l’autre. Ca ne reconnait même pas vraiment le sentiment, ça n’a pas les mots pour. Ca ne les a plus.

- C’plus ma meuf.
- Ouais j’m’en doute… Non mais vraiment. Un flingue ?
- Elle m’a mordu la conne ! ‘l’a cru que j’étais son steak ou j’sais pas quoi, genre je me laisse marquer !

On rit autour. On rit entre la fumée des cigarettes, derrière la lumière rouge et bleue du bar qui appartient à leur chef, sur les sièges en cuir et autour du comptoir. L’idée a l’air de beaucoup amuser les hommes qui sont là, tatoués, musclés, t-shirt trop large, baggy, tous une arme quelque part sur eux, tous l’air patibulaires. Et éteints.
Ca en fait partie. Ca répond à Luis. Là, ça s’adosse dans le fauteuil, ça montre son cou. Il y a des marques de dents dessus, effectivement, alors on s’approche pour les voir et on rit encore.

- Donc ouais un flingue. Quoi, elle est allé pleurer chez son frère ?
- ‘l’parait.
- M’en fous. Qu’il se pointe. J’lui expliquerais à mieux dresser sa frangine sans dec’...

On rit encore, la discussion dérive.
Ca n’a pas les mots, ou l’envie, de savoir vraiment pourquoi ça a sorti son arme. Il y avait la fille, puis il y a eu la douleur, puis il y avait la fille à l’autre bout du canon de son arme, les yeux écarquillés, les mains levées. Ca lui a dit de sortir, elle a essayé de calmer le jeu, ça a hurlé que PUTAIN TU SORS OU JE TE DESCEND. Elle est sortie en embarquant le drap et ça l’a regardée partir, avec le haut de ses fesses visibles dans le drapé du tissus, et ça n’a même pas réfléchi. Enfin si. Ca s’est dit que c’était dommage de perdre une telle croupe.
Mais ça n’a pas plus pensé.
Ca fait longtemps que ça ne pense plus. Ca en a perdu le vocabulaire. Et sans les mots, il n’y a rien. Pas d’émotion, pas d’envie, pas de futur. Ca voit ses pieds, c’est déjà bien, parce que ça peut voir que ça perd petit à petit le contrôle. Mais ça n’a pas peur.
La peur, ça n’a plus le mot pour.

- Luis !

Ca lève la tête, encore, il sourcil levé aussi. C’est Esteban, en face, qui lui tend ses clopes. Esteban. Un des hauts placés. Ses clopes. Ca va sortir alors ? Ca tend la main, attrape le paquet, lève son cul du fauteuil en jettant les cartes sur la table.

- Tu bluffais ? Putain connard !
- Apprends à lire ma face, abruti !

Ca aboie un rire, lève un majeur aux autres joueurs de cartes qui gueulent en retour, tout le niveau sonore du bar augmente, et ça sort derrière Esteban. C’est réputé pour avoir la face inexpressive. Sans doute parce que qu’il n’y a rien dedans. Des impressions. Des images. La vie est une succession de flashes retenus, et de rien entre.

- On va à Otay Mesa.

Ca hoche juste la tête face à l’autre. Ca n’a pas besoin de savoir, parce que ça suit sans demander, toujours. Tant qu’à la fin on est satisfait de la journée, lui ça lui va. Et la nuit a laissé les nerfs à vif, une sale impression dans la gorge, des lambeaux d'agressivité qui pendent sur les épaules, en muscles tendus. Ca aurait cherché des crosses dans la journée. Peu importe à qui. Ca aurait cherché la merde, ça l’aurait trouvée, ça aurait cassé des bouches et ça aurait été se coucher plus tranquille.
Mais Esteban a trouvé plus utile.
Voiture. Route. Asphalte noir, soleil lourd, musique dans la voiture.
Pas de mots.
Flashes.
Jolie maison.
Gamins qui jouent.
Palmier.
Cabot.
Route.

- On y est.

Ca observe le lieu. Maison abandonnée ? Fenêtres condamnées, pas de bruit. Ca sort de la voiture en roulant les muscles sous la peau presque noire, sous les cicatrices -une fraîche de la clavicule au milieu de l’épaule, le reste déjà blanchi. Esteban remonte l’allée, ouvre la porte. Noir à l’intérieur. Ca devrait se demander ce qu’il y a dedans peut-être ? Mais non. Ca vérifie juste le langage corporel de l’autre, ça gonfle le torse et ça rentre à sa suite.
Ca ne dit rien.
Ca ne parle même pas, ça ne réagit pas. Impressions. Du rouge. De l’os. Angle improbable. Cheveux ? Foncés. Rouge foncé. Pas de visages, il n’y a pas de visages. Ca balade ses yeux mais ça ne voit pas vraiment, ça dissocie les bouts du tout. Chair-rouge. Tapis poisseux. Sol qui craque.

- On doit nettoyer.

Ca observe Esteban. Main crispée. Mâchoire serrée. Déglutition. Il n’aime pas l’idée.

- On brûle ?

Ca ne fait que proposer, en haussant les épaules, en bloquant la respiration.

- … Ouais. On peut ?
- T’as des jerricans. J’ai le briquet.

Esteban réfléchit, ça se voit, il joue avec la croix en argent autour de son cou alors ça attend tranquillement. Papier peint à fleurs. Un rayon de lumière poussiéreux entre deux planches.

- Va chercher l’essence.

Ca sort, ça inspire en grand pour chasser l’odeur de ses poumons. Difficile. Insuffisant. Ca a déjà senti pire, de toute façon, alors ça ne va pas se plaindre. Ca va plutôt obéir, récupérer les jerricans. Pas de voisins autour. Pas de maisons occupées non plus ? Le quartier a l’air pouilleux. Peinture qui s’écaille et grilles rouillées. Ca retourne dans la maison.
L’autre prend le jerrican, s’applique avec l’essence, et ça ressort en laissant le briquet sur le sol.
Il faut monter la garde dehors. Vérifier qu’il n’y a personne, pas de patrouille, pas de badauds, quand le feu prendra. Et ça fait très bien son travail, monter la garde c’est facile. Il suffit de regarder autour. De marcher dans les herbes à moitié crevées du jardin pour voir. Voir rien. Quartier mort. Pauvre. Crise.
Alors personne.

- Hé, Luis.

Ca a entendu venir, ça entend aussi les premiers crépitements, alors ça va vers la voiture et ça s’adosse à la portière pour regarder. Doré. Rouge. Chaud. Esteban se place à côté et roule une clope. On reste parce qu’il faut s’assurer que tout prend. Si le feu ne fait pas assez bien son travail, il y aura des preuves, alors on attend. Une langue de flammes lèche une des fenêtres. Les murs craquent.

- C’est bon. Allez.

Le toit craque aussi. Ca ouvre la portière. Est ce que ça devrait être dégoûté ? Triste peut-être ? Révulsé ? Impossible de le savoir. Des impressions et pas de mots.
Alors ça claque la porte et ça regarde l’asphalte sans le voir.

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Catiel L. Vega
Maître chien
Sam 25 Fév 2017 - 17:05
[Post-seconde peine. Plus-trop-Luis]

C’est facile, dans ton cerveau. Facile. Depuis ta sortie la vie est toujours la même. Debout, manger, commissariat, travail, manger, dormir. Ca ne laisse pas de temps pour réfléchir. Tu n’en as pas besoin. T’es un gars simple, simple on te dit. Personne n’en a quoi que ce soit à faire de tes états d’âme, surtout pas toi.
Tu t’en fous, de toi.
Tu t’en fous de ton corps, de ta carcasse tatouée, marquée, qui a pourtant survécu. Tu devrais peut-être lui être reconnaissant ? C’est ce qu’a dit le type dans son cabinet. Pas retenu son nom. Robert, Robbie, quelque chose dans le genre. Bob ? Bah. Tu n’es pas bon pour te souvenir des choses, pas des choses qui n’importent pas. Ca va te sauver la vie de connaître le nom du type dans son cabinet ? Non. Alors voilà, tu t’en fiches comme tu te fiches de ses conseil.

La première séance, il a dit, la première sur il-ne-sait-pas-combien. Ca t’agace. Tu ne veux pas parler avec lui alors tu n’as rien dit, ou presque. Tu t’es assis sur son siège -Mou. Etrange.- et tu l’as juste regardé. Tu sais que tes yeux déteints font peur quand ils fixent les gens. Tu sais que tu fais peur tout court, ça te va, ça te sauve, mais il n’a pas eu l’air impressionné. Tu as voulu le frapper. Il te regardait aussi et on ne te regarde pas dans les yeux, sauf si on veut te provoquer. Il t’a dit d’une voix improbablement calme qu’il n’était pas un danger, tu t’es levé du siège, et tu as aboyé ta rage à sa face.
Les seules paroles que tu as prononcées. Il a tout pris calmement, ça t’a encore plus énervé, et tu as failli te mettre à lancer des objets avant qu’il ne te fasse remarquer que ta liberté dépendait de lui aussi.
Tu as posé tes fesses sur le fauteuil et tu ne l’as plus regardé.
Il a parlé de chose que tu as repoussé d’un haussement des épaules. Il t’a fait remarquer que tu devrais commencer à faire attention à ta tenue, à ton corps, maintenant que tu le peux. Tu t’en fous, de ça. Tu t’en fous et il ne peut pas comprendre que c’est dur de devoir choisir quoi mettre alors que pendant des années, il n’y a eu que le pyjama orange. Que penser à te raser, à soigner tes plaies alors qu’il n’y a pas de raisons de le faire si on ne te force pas, hé bien ça ne te vient pas tout seul. Heureusement, tu n’oublies de prendre ta douche. A 5h30 précisément, jour après jour après jour. Peu importe que dans ton studio, tu sois seul.
5h30. Ouverture des douches. Personne. Ca t’a rassuré, ça te rassure encore.
Les horaires sont tes amis. Ils te forcent à avancer.
Mais ça il n’en a pas parlé. Il s’est concentré sur toi, sur le toi-extérieur, en remarquant la barbe, les cheveux, le pansement sur ta main. Il t’a donné un exercice : aller dans un magasin, choisir des vêtements qui te plaisent, les porter la prochaine fois.
Qui te plaisent ? Tu ne sais même pas ce qui te plait. Noir ? Gris ? Confortable. Non, pas confortable, tu ne mérites pas.
Tu es sorti du rendez-vous sans lui serrer la main, en rasant les murs, en gonflant les bras pour l’intimider.

Des habitudes de chien de combat que tu ne perds pas. Tu te sens comme Bird, qui sortait d’un foyer où on avait dû la battre. Tu te sens molosse prompt à la morsure même si tu as eu le temps de te calmer un peu, au pénitencier, avec tes chiens. C'était facile à la prison. Environnement connu. Murs. Horaires. Debout-douche-manger-atelier-manger-dormir. Année après année. Des gens faciles à comprendre.
Dehors c'est différent. Tout est inconnu, les gens aussi. Tu sais que tu ne devrais pas les voir comme les hommes de la prison, ceux du gang. On t'a expliqué, une, deux, dix fois que le monde n'est pas une menace à contrer.
On te ment.
C'est obligé, on te ment. Les hommes ne sont pas différents de dedans. Ils ne vont pas te faire croire qu'il y a autre chose qu'un rapport de domination entre vous, que tu peux baisser les armes, parce que si tu le fais et que c'est un mensonge… Non, Non, tu n'y pense pas. Tu n'as qu'à faire comme toujours. Montrer les crocs, gronder, ne pas montrer ta gorge. Chien de combat.

Ils t'ont dit que tu pouvais aller le chercher d'ailleurs. Ton chien. Pas de combat. La dame de l'association d'aide aux détenus -grande, ronde, brune. Chaude.- elle t'a dit qu'ils avaient débloqué les fonds. C'était la dernière fois, quand elle t'a accompagné au supermarché pour t'aider à faire tes courses, te rappeler comment marche le vrai monde. Tu détestes ça. Tu te sens un enfant alors que tu as trente ans. Tu lui as dit, en feulant, elle a juste dit qu'elle savait. Puis tu as oublié de prendre la moitié de ta liste de course et elle a mis sa main sur la tienne, et elle a encore dit qu'elle savait.
On ne frappe pas les femmes. Tu n'as rien répondu.
Tu n'as même pas réagi à son annonce. Tu aurais dû être content ? Possiblement. Ton chien, c'est un progrès, c'est ce qui va te permettre de commencer à travailler vraiment au commissariat. Ton chien et tu l'as déjà choisi dans un élevage pas loin. L'année du C. Corto. Mâle, huit mois, Fila de Sao Miguel. Peut-être qu'on te laissera pas l'avoir, qu'on te privera arbitrairement de quelque chose comme on fait dans un pénitencier. C'est pour ça que tu n'as pas eu l'air heureux : parce que si ce n'est pas immédiat ça n'existe pas.
Quelque part tu te rends compte que tu es cassé. Tu le vois quand tu mets le nez hors de son studio et que tu observes le monde dans cette minuscule ville loin de tout. On se salue dans la rue. On ne rase pas les murs, on ne regarde pas autour, et on peut être aimable.
Toi tu ne sais pas faire. Tu ne sais plus. Est ce que tu as su un jour ?
Bah, ce n'est pas une vraie question. Ca ne touche pas le maintenant. Ce n'est pas important.

--

Corto a dix mois. Tu as vu Bob, et cette fois tu as retenu son nom. Il a dit que tu faisais des progrès, et il a regardé le chien comme s'il comprenait quelque chose. Ca t'a énervé. Tu n'as rien lancé. Tu t'es contenté de te dire que tu étais stupide et que de toute façon, tu n'aurais jamais les capacités intellectuelles de ton thérapeute. Gros bras. Pas besoin de cerveau.
Il a quand même dit que tu avais le droit de travailler comme maître-chien maintenant. Soulagement. C'est stupide d'être soulagé, surtout pour quelque chose d'aussi insignifiant. Ca ne va rien changer pour toi. Tu n’aidera pas vraiment les autres, tu ne sais pas faire ça. Sauver des chiens c'est facile, servir les gens…
Tu ne l'as jamais fait.

Mais tu vas travailler le lendemain. Tu te douches -5h30 toujours, ça ne part pas, bien le dos contre le mur-, tu t'habilles -efforts, tu mets un pantalon sombre et un t-shirt uni-, tu nourris Corto.
Sortie. Laisse bien en main. C'est rassurant le contact contre ta paume, c'est comme tenir une arme si jamais on en venait à t’attaquer. C'est jamais arrivé. Tu n'arrives pas à te dire que ça n'arrivera pas. Les souvenirs d’avant s'estompent, les marques restent. Sur ta face. Sur le reste. Tu ne veux pas les voir mais tu as fait l'effort de te raser pour le premier jour. Cheveux tondus, visage clair. L'homme dans la glace c'était à peine toi, mais il avait l'air moins hagard. Presque présentable.

Il fait à peine jour dans le commissariat lorsqu'on t'y fait entrer. Hésitation. Doute. Tu le connais, tu viens deux fois par jour leur assurer que t'es toujours là. L'officier de correctionnelle -Collègue ? Non. Pas encore.- te regarde comme toujours. Tu ne sais pas ce qu'il te veut alors tu ignores. Il n'a jamais rien dit, il a juste pointé tes visites. Tu as l'impression que s'il essayait de te parler, tu risquerais de le frapper. On ne te regarde pas, sauf si on veut te provoquer.

- Luis ?

Grimace. Pas ce nom.

- Monsieur Vega.

Sursaut. Ordre. Il grogne. Tu lui rend son regard pour la première fois. Roux. Chaud. Flic. Tu ne les aime pas, c'est viscéral, c'est l'instinct du chien de combat qui parle. Tu as trop vu les hommes derrière les barreaux comme des dangers pour arrêter de croire qu'ils t'en veulent si facilement.
Alors tu montres les crocs.
Tu te redresses. Tu poses la distance. Monsieur, tu n'es pas un ami, pas un inférieur. Exige ton respect.

- Monsieur Vega, pardon. Keith Cavannagh. Nous allons travailler ensemble maintenant.

Il tend la main. Tu regardes. Serre la main sur la laisse. Non, pas de ça, pas de proximité. C'est dangereux. Sourcils froncés, tu ne bouges pas. Il n’approchera pas.
Il comprend ? En tout cas, il reprend sa main. Tu desserres la prise sur la laisse.
Futur. Tu ne t'y projetes pas mais tu vois un bout de chemin. Un peu plus loin que tes pieds. Bob a dit que ça aussi c'était du progrès.

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Catiel L. Vega
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Dim 11 Juin 2017 - 14:46
[Première peine | Pré-seconde. Luis.]

- … Comprends maintenant… Jamais… Ouais ?

Des mots. Ou des bouts de phrases.
Et au milieu, pas de bruit. Pas de bien non plus.
Des mots et des bouts de dialogue et de l’eau dans laquelle on met ta tête.
Pas pratique pour répondre, non ? Mais en fait ils veulent pas que tu répondes, tu t’en es rendu compte la troisième fois. On t’a relevé la tête et on t’a posé une question et tu as essayé d’ouvrir la gueule pour parler.
Tête dans le seau.
C’est bizarre. T’as plus mal. Ou alors t’as trop mal et ton corps ne réagit même plus, parce que tout s’éteint : les lumières, les sensations, le bruit.

Première fois, tu as paniqué. Ca a brûlé tout le long de ta gorge, mais dans le fond, puis dans ton nez, puis dans tes poumons. Tes jambes se sont agitées, tes bras aussi, mais ça servait à rien. Mains dans le dos, menottes, quelqu’un qui te tient la nuque, une botte sur les mollets. Tu veux faire quoi face à ça ? A part paniquer, s’entend.
Rien. Voilà, bonne réponse. Crever de peur.
Sentir le blocage dans ta gorge, celui qui fait mal, vouloir inspirer mais avoir le corps qui refuse. Le feu qui remonte dans les poumons. Mots en boucle : de l’air, de l’air, DE L’AIR !
Tu sais même pas pourquoi c’est pour ta gueule.
Enfin si.
Mais non ?
Tu vois toujours pas pourquoi c’est toi qu’il a choisi comme souffre-douleur, qu’est ce qui s’est passé pour que tu te retrouves dans cette situation de merde, mais tu n’as pas d’échappatoire. Aucun. Plus depuis…

Non non non ne pas y penser, surtout pas, tu vas avoir envie de rendre le repas.
La tête sous l’eau, ça te tuerait.
Enfin, tu meurs déjà un peu.

- Tu comprends ?

L’air qui revient dans tes poumons est pire que celui qui se vide sous l’eau. Il te fait tourner la tête, il te fait mal, tu voudrais ne pas le prendre mais ton corps, ce connard, il ne te laisse pas le choix. Tu ne maitrise rien. Tu ne comprends rien non plus.

- Non.

Ha, voilà, t’as trouvé un peu de courage. Oeil gris brillant de rage, grimace haineuse, tu défies la main dans tes cheveux, le poids sur ta nuque, et ton instinct qui te hurle de te coucher.
Tu lèves le menton. Un peu, juste un peu, ça suffit.
Ton coeur se soulève.
Ta tête plonge.
Blocage dans la gorge encore. La bouche qui s'ouvre, expulse de l'air par réflexe, les yeux qui se ferment. La brûlure. Tu connais maintenant. Tu ne sens plus tes membres. Tu crois tourner dans le vide.
C'est là qu'il te soulève.
Qu'il te…

Rien.
La douleur qui empire.
Les yeux qui s'ouvrent pour rien, parce qu'il n'y a que le vert du seau. Le corps qui lutte, qui force, pour rien du tout.
Poumons vides. C'est comme avoir un poids sur le torse, qui l'écrase. Comme se sentir se rétracter sur soi-même. Le corps qui panique. Signaux en vrac. Moins de sensations encore. Plus de bout des doigts, plus de jambes non plus, des lumières diffuses devant les yeux.
Le blocage se défait, tes poumons essaient de prendre une bouffée.
D’air.
Donc d’eau.
Tu maudis ton corps, ce vaisseau débile, cette plaie. Tu maudis la carcasse qui veut te tuer, qui te fait juste mal tout le temps, qui n’est même pas assez quoi que ce soit pour se sauver. Tu le hais, ce bout de chair, de muscles et d’os inutiles, limitant. Viscéralement, tu lui en veux. Parce que la douleur elle vient de lui. Le danger aussi. Il n'y a rien de bien qui soit de son fait.

Sauf ça.
Sauf le noir.

Plus de conscience.

Noyé.

- - -

Noyé.

Conscience qui revient.

Des lumières et du bruit et cling-cling-cling les chaînes autour de la jambe et ploc-ploc-ploc le sang.
Celui de la jambe gauche, qui redescend en ruisseau lent le long des muscles, du tissu, jusqu’à s’écraser dans l’eau en dessous. C'est un bruit dégueulasse. La situation toute entière l'est mais ça n'a pas envie d'avoir peur, ça remplace plutôt par de la rage. Ça connaît mieux ce sentiment de toute façon.

- PUTAIN REPOSE MOI !

Ca gueule, aussi fort que ça peut, et la voix se diffuse facilement dans l'entrepôt. Elle rebondit contre les murs en métal, finit sa course écrasée dans l'eau et là elle se tait.
Les rires qui répondent font presque le même chemin. Et on ne parle pas pour répondre.
Ca sait parfaitement pourquoi : parce que ça ne sert à rien, le but c'est de faire passer un message. Celui qui était un frère, un membre du même gang, est passé de l'autre côté. Une vie pour la sienne, ça marche comme ça. Ou alors ils veulent des informations.
Dans tous les cas, il y a l'eau de la baie en dessous.

Et tu as peur.
Tu sais exactement ce qui va se passer, n'est-ce pas ? Tu t'en souviens très bien, même si tu nies. Cette fois il n'y a pas de menottes, il y a la chaîne aux jambes, tu ne sais pas si c’est pire ou mieux, tu ne veux pas y réfléchir.

- REPOSE MOI J’TE DIS !

Rires encore, ça parle très vite en espagnol, ça commence à bouger tout autour. On change de position pour te voir. On sort des bières.
Des bières.
T'es un putain de spectacle et il n'y aura pas de questions. Encore une fois.

- VA CREVER ! J’TE RETROUVE JE FAIS FLAMBER TA PUTAIN DE GUEULE, ESTEBAN ! T'ES MORT !

Il rit juste en reprenant la chaîne des mains d'un autre. Tu le sens. Tu sens exactement ce qui va se passer, tu sais comment tu vas mourir. Il va la faire descendre, toi avec. La tête dans l'eau.
Et il va te sortir une, deux, dix fois jusqu'à finir par ne plus le faire.
Et il n'y aura aucune question.

T'es un spectacle.

La chaîne fait du bruit quand elle se détend. Tu forces, autant que tu peux, pour te redresser. Alors il laisse encore plus de mou et ton corps entier plonge. Les poids aux poignets… C'est eux que tu maudits en premier. Ils te tendent vers le bas, vers le froid.
Tu crispes tout. Ton corps se paralyse, air bloqué, gorge scellée. Ça va passer ça va passer ça…

On te remonte et tu gueules de nouveau. Alors on lâche d'un coup, à mi-phrase.
Impact de l'eau de mer sur la nuque, les poumons qui se vident, la panique qui bouffe tout. Tu étouffes alors la peur parvient à court-circuiter la survie et ton corps essaie d'inspirer à fond, de faire passer la terreur, en oubliant le blocage douloureux.
Encore une fois, tu hais ta carcasse qui n'a même pas la décence de vouloir survivre. Tu détestes tes quatre-vingt-dix kilos de muscles qui ne servent pas plus à quelque chose que les cinquante d’os et de peau d’avant. Tu hais la peau couturée de cicatrices, les yeux, les poumons qui s’emplissent d’eau.
Brûlure, quand ça avance. Comme se faire cramer de l’intérieur, et rien pour le recracher parce que pour chasser, il faut de l’air.

On t’en rend en te sortant. Tu gueules plus, là. Tu craches juste toute la flotte que tu as absorbé.
Et on te replonge.
Encore.
Et encore.

Ca fait mal et ça ne fait pas mal en même temps, encore. Les lumières devant les yeux fermés, l’engourdissement, plus aucun muscle contracté. Tu n’imprimes plus rien, parce que tout brûle en même temps, que ton cerveau a fermé tout ce qu’il pouvait.
Alors c’est un brouillard blanc qui flambe, et rien d’autre. Tu vas crever là, au bout d’une chaîne, parce qu’un frère t’a trahi. Juste pour ça et parce que ton corps est putain de trop con pour te protéger.
Bah…
Qu’il crève alors.
Que ça se finisse dans la baie, comme ça, salement. Tu sais que t’y sera pas seul au fond, et au moins t’auras plus mal partout. A la gorge, aux poumons, à la jambe et au crâne et… Et…

Dernier bruit de chaînes.
C’est nul comme oraison.

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Catiel L. Vega
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Dim 11 Juin 2017 - 14:49
[Post-première peine. Pré-seconde. Luis.]

Il fait nuit depuis quelques heures. Tu le sais parce que tu as compté le temps depuis qu'on t'a traîné dans cette baraque abandonnée, aux fenêtres condamnées. Il fait nuit et t'es mort à l'intérieur, alors t'as même pas peur.
Tu devrais, pourtant. Tu sais exactement pourquoi t'es là et ça va pas être joli à voir quand ils arriveront après avoir débattu. Irrespect envers la couronne, troisième. On a pas de violation pour ça. Même si c'est pas fait exprès, même si c'était pendant une dispute qui s'est barrée en vrille, on s'en fout. Irrespect. C'est tout ce qui compte et ça tu le sais.
Alors t'es allongé sur le sol pourri où on t'a foutu, t'as les liens de serrage en plastique qui t’arrachent les poignets, et tu dis rien. T'es mort. Dedans. Dehors peut-être bientôt. Tu t'en fous pas mal.

La porte s'ouvre, tu inspires en grand. Des voix. Tu les connais toutes, tu comptes. Six gars qui parlent fort, agressif. Toi tu veux juste qu'ils s'y mettent maintenant pour que ça soit fini plus vite, que tu sois tranquille.
On te retourne sur le ventre d'un coup de pied, tes yeux s’écarquillent. Putain putain putain… Pas sur le ventre ! Pas ça, putain ! Pas le poids sur les jambes, le genou dans le dos, les mains sur les épaules ! Pas encore ça ! Respiration qui part en vrille, tentative de te dégager, pour rien. Pour les rires.
Une mains à l'arrière du crâne pour te forcer à mettre la tête de côté, qu'on te voie. Tu connais cette main. Tu connais les yeux sombres en face de toi et la poigne qui te maintient. Tu t'y accroches, fort. Avec tout ce que tu as. La mèche blonde, la boucle d'oreille à droite, peu importe que son regard soit vague et qu'il semble t'ignorer, tu sais que c'est faux.

Tu inspires.
Tu expires.
Tu laisses le mur se monter.

- Irrespect envers la couronne.

Inspires.
Un bruit de tissus déchiré dans ton dos, tu sais que c'est ton racerback.

- Luis, coupable.

Une pointe froide entre tes omoplates. Une pointe de soulagement dans ton esprit. Ça va, ça va.
Ce ne sera que de la torture.
Kato y veillera.

- Condamné à être marqué.

La pointe s'enfonce dans tes chairs, la douleur te marque, remonte jusqu'à ton cerveau tout le temps que dure l’entaille.
Tu te mords presque la langue. Rien ne sort, pas un bruit. T'as l'habitude d'avoir mal, non ? Alors sers t'en. Accroches-toi à ce que tu peux. A la boucle d'oreille, au profil, à la main rassurante même si elle te maintient. Ignore les autres, les poids qui te bloquent pour que tu tiennes ta punition.
Deuxième entaille. Troisième. Tu comptes plus. Tu gardes les yeux ouverts, la bouche fermée, et tu te laisse submerger. C'est ta technique de gestion : ne rien gérer. Laisser monter toute la souffrance jusqu'à t'en griller le cerveau, perdre toute réflexion, toute humanité. Coquille vide qui se laisse faire, qui tend les muscles jusqu'à l'extrême, qui serre les dents à les en faire grincer. Y'a plus rien qui répond. Plus rien qui connecte.
Pas le sang qui imbibe le racerback, trace des sillons rouges dans le creux des muscles. Pas les entailles qui se font plus nombreuses entre les omoplates, de la ligne d'épaules à juste sous les os. Pas la lame réchauffée par les tissus qu'elle traverse. Pas les conversations, l'odeur, les contacts.
Rien.
Mais tu restes conscient jusqu'au bout, jusqu'à ce que la punition soit juste à leurs yeux, jusqu'à ce que le dernier coup de couteau soit celui qui te dégage les mains.

- Kato tu t'en occupes.

Bien sûr. T'es son protégé. C'est lui qui doit s'assurer que t'es en état de faire ton travail demain.
Les poids sur toi s’enfuient. Les voix s'éloignent. Il ne reste que la main sur la tête, qui se fait amicale plus qu’étau. Ca ne suffit à rien…
A rien.
Juste à te faire comprendre que tu vis encore. Merde. Tu vis encore.
De l'eau pour rejoindre le sang sur le vieux parquet.
La main sur ton crâne qui se serre doucement.

- Je sais. Je sais.

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